« Quand je danse, je suis tout à la danse ; quand je dors, tout au sommeil. »
— Michel de Montaigne, Essais, III, 13, « De l’expérience »
On peut avoir compris beaucoup de choses sur soi.
Savoir pourquoi une situation nous dérange.
Reconnaître un schéma.
Avoir identifié ce que l’on voudrait changer.
Et puis se retrouver, au moment où la situation se présente, avec le ventre qui se noue, la gorge qui se serre ou cette envie irrépressible de partir.
La tête sait.
Le corps, lui, raconte parfois autre chose. Le lien entre constellations familiales et système nerveux est justement au coeur de cette écoute du corps.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les Neuro-Constellations accordent autant de place au ressenti corporel et au système nerveux.
Le corps ne fait pas de grands discours
Il parle plutôt par petites touches.
Une respiration qui se bloque.
Une chaleur qui monte.
Un poids dans la poitrine.
L’envie de reculer d’un pas.
Ou au contraire cette sensation étrange que l’on pourrait enfin s’approcher.
Pendant une constellation, ces mouvements peuvent apparaître chez la personne qui travaille, chez un représentant… ou parfois simplement chez quelqu’un qui observe.
Nous ne cherchons pas immédiatement à leur donner une signification.
Une gorge serrée ne « veut pas forcément dire » ceci.
Une envie de reculer ne « prouve » pas cela.
Nous commençons par quelque chose de beaucoup plus simple :
Qu’est-ce qui est là, maintenant ?
Ressentir avant d’expliquer
Nous avons souvent appris à faire l’inverse. Peut-être vous souvenez-vous du « Réfléchir avant d’agir »…
D’abord comprendre.
Puis expliquer.
Puis éventuellement ressentir.
Dans une constellation, il peut être intéressant de changer momentanément cet ordre.
Sentir les pieds au sol.
Observer sa respiration.
Percevoir un mouvement.
Remarquer qu’une position devient inconfortable.
Et attendre quelques instants avant de fabriquer une histoire autour de tout cela.
C’est là qu’intervient notamment ce que l’on appelle le felt sense.
Un ressenti global, parfois encore flou, qui n’est ni tout à fait une émotion, ni tout à fait une pensée.
Quelque chose comme :
« Je ne sais pas encore ce que c’est… mais je sens qu’il se passe quelque chose. »
Et parfois, cela suffit pour commencer.
Et le système nerveux ?
Il est toujours là.
Lorsque nous nous sentons suffisamment en sécurité, lorsque quelque chose nous alerte, lorsque nous avons envie de nous rapprocher ou de nous éloigner, notre organisme participe à l’expérience.
Dans notre manière d’accompagner les Neuro-Constellations, nous sommes attentifs à ces variations.
Pas pour transformer une constellation en cours de neurophysiologie.
Et encore moins pour coller une étiquette sur chaque réaction.
Nous nous inspirons notamment de certains repères issus de la théorie polyvagale pour observer le niveau d’activation, le besoin de ralentir, de retrouver un appui ou de remettre un peu de distance.
Ces repères restent des repères.
Pas des verdicts sur ce que vit une personne.
Pourquoi ralentir peut parfois faire avancer ?
Imaginons qu’une personne soit profondément touchée par ce qui apparaît.
On pourrait croire qu’il faut continuer.
Aller plus loin.
Trouver « le » moment décisif.
Pour nous, ce n’est pas forcément le cas.
Si le corps montre que l’expérience devient trop intense, quelques instants de pause peuvent être beaucoup plus intéressants qu’un pas supplémentaire.
Respirer.
Regarder autour de soi.
Sentir ses appuis.
Revenir dans la pièce. Ici et maintenant.
Puis observer ce qui devient possible.
La profondeur n’oblige pas à la brutalité.
Et si le corps ne dit rien ?
Alors il ne dit rien.
Et c’est très bien.
Il n’est pas nécessaire de ressentir des choses extraordinaires pour participer à une constellation.
Certaines personnes ressentent beaucoup.
D’autres très peu.
Certaines savent immédiatement mettre des mots sur leur expérience.
D’autres repartent simplement avec une impression.
Il n’y a pas de performance du ressenti.
Pas de médaille pour la chair de poule la plus spectaculaire.
Ce qui compte est de rester au plus près de ce qui est réellement présent.
Une autre façon d’écouter
Écouter le corps ne signifie donc pas croire aveuglément tout ce qui surgit.
C’est simplement accepter qu’une expérience ne se déroule pas uniquement dans notre tête.
Nous pensons.
Nous ressentons.
Nous réagissons.
Nous nous mettons en mouvement.
Et parfois, en prenant le temps d’écouter ces différents niveaux ensemble, quelque chose devient plus clair.
Pas nécessairement une grande révélation.
Parfois seulement un peu plus d’espace.
Une possibilité supplémentaire.
Ou cette sensation très simple :
« Là, c’est différent. »
C’est aussi cela que nous explorons pendant les Neuro-Constellations familiales et systémiques à Six-Fours-les-Plages, dans le Var.
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